Temps de lecture : 13 min.
François de Sales, évêque de Genève au XVIIe siècle, a révolutionné la spiritualité chrétienne en proposant une « dévotion civile » accessible à tous, et non plus réservée aux moines et aux contemplatifs. Son œuvre la plus célèbre, l’Introduction à la vie dévote (Philothée), enseigne que la véritable dévotion ne réside pas dans des pratiques extérieures ou des attitudes affectées, mais dans un amour authentique de Dieu et du prochain, vécu avec joie au cœur des occupations quotidiennes. S’opposant à la conception qui reléguait la sainteté aux monastères, François de Sales démontre que militaires, artisans, époux et princes peuvent tous aspirer à la perfection chrétienne. Sa dévotion est intelligente, discrète et joyeuse, parfaitement intégrée à la vie sociale, transformant la religion en une présence vivante dans le monde plutôt qu’en une fuite de celui-ci.
S’adressant à Philothée à propos de la fréquentation du monde, François de Sales lui donne le conseil suivant : « Rechercher les conversations et les fuir, ce sont deux extrémités blâmables en la dévotion civile, qui est celle de laquelle je vous parle ». C’est cette insistance sur la « dévotion civile » qui a le plus frappé, semble-t-il, les lecteurs anciens et modernes de l’Introduction à la vie dévote, car elle révèle l’intention profonde de l’auteur de former non seulement des chrétiens fervents, mais aussi de bons citoyens de la cité des hommes.
Vraie et fausse dévotion
Au début du XVIIe siècle, le mot de dévotion n’avait pas encore le sens affaibli et dépréciatif qu’il aura souvent par la suite. Un dévot n’était pas encore un bigot ou un hypocrite. Il n’empêche que François de Sales s’est senti obligé d’écarter beaucoup de fausses interprétations de la dévotion qui avaient cours déjà de son temps :
Celui qui est adonné au jeûne se tiendra pour bien dévot pourvu qu’il jeûne, quoique son cœur soit plein de rancune ; et n’osant point tremper sa langue dedans le vin ni même dans l’eau, par sobriété, ne se feindra point de la plonger dedans le sang du prochain par la médisance et calomnie. Un autre s’estimera dévot parce qu’il dit une grande multitude d’oraisons tous les jours, quoiqu’après cela sa langue se fonde toute en paroles fâcheuses, arrogantes et injurieuses parmi ses domestiques et voisins.
Tous ces gens-là, poursuivait l’auteur de l’Introduction, sont communément tenus pour dévots, mais ils ne le sont en aucune façon ; ce sont des « statues et fantômes de dévotion ». Il faut ajouter que ce ne sont pas les faces de carême qui font les saints. C’est à François de Sales que l’on attribue non sans raison la réponse qu’il aurait faite un jour à propos d’un saint homme qui avait toujours l’air maussade : « Si un saint était triste, ce serait un triste saint ».
Quand la dévotion est affectée, bizarre, elle est fausse. Lui-même se reprochait d’être une fois tombé dans ce travers au temps de son adolescence :
Étant jeune écolier en cette ville, il me prit une ferveur et une envie d’être saint et parfait ; je commençai à me mettre en la fantaisie que pour cela il fallait que je pliasse ma tête sur mon épaule en disant mes Heures, parce qu’un autre écolier qui était vraiment saint le faisait, ce que je fis soigneusement quelque temps durant, sans que pourtant j’en devinsse plus saint.
Qu’est-ce donc que la vraie dévotion ? Rien d’autre qu’« une agilité et vivacité spirituelle par le moyen de laquelle la charité fait ses actions en nous, ou nous par elle, promptement et affectionnément », ou encore « une générale inclination et promptitude de l’esprit à faire ce qu’il connaît être agréable à Dieu ». C’est un amour de Dieu qui aspire à la perfection. La dévotion est un feu intérieur.
La religion à la portée de tous
Le succès de François de Sales consista à mettre la vie spirituelle à la portée de tous, dans un langage clair, adapté à la sensibilité de l’époque. En effet, si la dévotion est amour – amour pour Dieu premièrement, mais aussi, et d’un même mouvement, amour envers le prochain – elle est accessible à tous, dans toutes les situations.
La « dévotion civile », que François de Sales enseigne et propage, tient compte de tous les aspects de la réalité humaine, sur laquelle elle exercera normalement une influence bénéfique. L’auteur de l’Introduction à la vie dévote va même jusqu’à fulminer le mot d’hérésie pour dénoncer une attitude qui lui semble incompatible avec une vision équilibrée des réalités sociales et avec la vie chrétienne : « C’est une erreur, ains une hérésie, de vouloir bannir la vie dévote de la compagnie des soldats, de la boutique des artisans, de la cour des princes, du ménage des gens mariés ».
Pour mener une vie chrétienne authentique, il n’est pas indispensable de se retirer du monde, d’aller au désert ou d’entrer dans un monastère. En s’adressant à Philothée, c’est-à-dire à toute personne qui veut aimer Dieu, l’auteur s’est proposé de lui tracer un chemin de vie chrétienne fervente au milieu du monde, lui enseignant comment il faut se servir à la fois de ses « ailes pour voler » dans les hauteurs de l’oraison, et de ses « pieds pour cheminer avec les hommes par une sainte et amiable conversation ».
Dans son livre nous trouvons en effet quantité de conseils et d’enseignements sur des sujets que la littérature spirituelle avait peu abordés avant lui, tels que la vie de tous les jours avec ses problèmes, les affaires, les questions concernant le mariage, les conversations, les habits, les récréations, les jeux, les bals ou les amitiés. Plus généralement il a été reconnu que l’évêque de Genève a eu le mérite de faire entrer la religion dans la vie et la vie dans la religion.
La dévotion est bonne « pour les hommes comme pour les femmes », écrit-il dans la Préface au Traité de l’amour de Dieu. Si Philothée est un prénom féminin, c’est pour désigner toute âme qui aspire à la dévotion, dit-il, en ajoutant avec une pointe d’ironie que « les hommes ont une âme aussi bien que les femmes ».
D’autre part, elle ne dépend pas de la « complexion naturelle ». Il y a des personnes qui ont « le cœur enclin à l’amour », qui ont de la « facilité à vouloir aimer Dieu », mais chez qui « le danger de mal aimer est attaché à la facilité d’aimer ». D’autres ont « l’âme aigre, âpre, mélancolique et revêche » : leur amour sera « plus brave et plus glorieux, comme l’autre sera aussi plus délicieux et gracieux ». Toutes ces personnes de tempérament très différent « aimeront sans doute également Dieu, mais non pas semblablement ».
Une dévotion intelligente et discrète
La dévotion du chrétien doit être « intelligente » et l’on doit comprendre les prières que l’on dit : « Je désire que vous ayez une traduction française de toutes les prières que vous direz, écrivait François de Sales à la baronne de Chantal ; non pas que je veuille que vous les disiez en français, ains en latin, car elles vous rendront plus de dévotion ; mais c’est que je veux que vous en ayez aucunement le sens ». Il donnera le même conseil à Philothée dans l’Introduction à la vie dévote, en y ajoutant une mise en garde contre les excès de la dévotion verbale, « car un seul Pater dit avec sentiment vaut mieux que plusieurs récités vitement et couramment ».
Pour comprendre sa religion, le chrétien dans le monde doit se former. Comme directeur spirituel, François de Sales recommandait l’écoute de la parole de Dieu au cours des prédications et la lecture d’ouvrages utiles à la formation spirituelle, telles que la vie et les œuvres de la mère Thérèse d’Avila, ainsi que celle des grands auteurs spirituels de son temps. Si la lecture personnelle de la Bible n’était pas encore à l’ordre du jour chez les catholiques, une nourriture abondante était à la disposition des personnes soucieuses de perfection chrétienne. Lui-même y contribuera de façon remarquable, notamment par la publication de l’Introduction à la vie dévote et du Traité de l’amour de Dieu.
Surtout, le chrétien doit savoir que dans la vie spirituelle, c’est l’intérieur qui compte avant tout. La dévotion, dira-t-il aux visitandines, doit être « intime, forte et généreuse ». Si la dévote s’entiche de pratiques et d’exercices au point d’en faire un but en soi, si elle s’en pare comme d’un habit de vanité humaine, il faut l’en dépouiller, car l’amour vrai la « dénude enfin des affections plus aimables, comme sont celles qu’elle avait aux consolations spirituelles, aux exercices de piété et à la perfection des vertus ».
En toute chose, mais surtout dans la dévotion, il faut de la discrétion. Attention aux excès qui fâchent l’entourage : « Hé ! que vous serez heureuse, écrit-il à l’une de ses correspondantes, si vous observez bien la modération que je vous ai dite en vos exercices, les accommodant le plus que vous pourrez à vos affaires domestiques ! » « Réglez premièrement vos exercices, écrit-il à une autre, en telle sorte que la longueur ne lasse point votre âme et ne fâche point celles de ceux avec lesquels Dieu vous faut vivre ».
Voici une sorte de code de la dévotion civile destiné à une jeune femme mariée que ses désirs de perfection risquaient de rendre insupportable. Après lui avoir conseillé de visiter quelquefois les hôpitaux, de consoler et de secourir les malades, il lui fait des recommandations précises :
Prenez garde soigneusement que monsieur votre mari, vos domestiques et messieurs vos parents ne soient point offensés par des trop longs séjours aux églises, des trop grands retirements et abandonnement du soin de votre ménage, ou, comme il arrive quelquefois, vous rendant contrôleuse des actions d’autrui ou trop dédaigneuse des conversations où les règles de dévotion ne sont pas si exactement observées ; car en tout cela il faut que la charité domine et nous éclaire, pour nous faire condescendre aux volontés du prochain en ce qui ne sera point contraire aux commandements de Dieu.
La dévotion civile demande que l’on s’adapte à l’autre, qu’on ne lui fasse surtout pas sentir une quelconque supériorité spirituelle. À la mère de Chantal qui voulait trop s’adonner au jeûne, seule au milieu de ses premières compagnes de la Visitation, il écrivit en paraphrasant saint Paul : « Il faut être juive aux juifs et gentil aux gentils, manger avec les mangeants et rire avec les riants ».
Choisir ses modèles
Attention ! il y a des saints qui ont mené une vie plus admirable qu’imitable : « N’est-ce pas une chose épouvantable, s’écriait-il, de voir un saint Paul ermite au fond d’un désert, enfermé dans une grotte comme un sauvage, ne mangeant que du pain et ne buvant que de l’eau ? » Toutes les formes d’ascèse qui sont pratiquées dans les solitudes et les déserts ne sont pas conseillées à tous indistinctement. On ne peut donc pas proposer aux gens du monde des modèles de dévotion « purement contemplative, monastique et religieuse » : il faut les choisir parmi ceux qui ont vécu « ès états séculiers ».
François de Sales n’hésitait pas à en chercher parmi les « saints » de l’Ancien Testament, notamment « Abraham, Isaac et Jacob, David, Job, Tobie, Sara, Rébecca et Judith ». Quoi de plus aimable que le couple biblique idéal formé par Isaac et Rébecca, « le plus chaste pair des mariés de l’ancien temps » ? Ils « furent vus par la fenêtre se caresser en telle sorte, qu’encore qu’il n’y eût rien de déshonnête, Abimélech connut bien qu’ils ne pouvaient être sinon mari et femme ».
Parmi les figures du Nouveau Testament et les saints du christianisme il choisit en premier lieu « la Vierge sainte avec saint Joseph, saint Louis, sainte Monique, et cent mille autres qui sont en l’escadron de ceux qui ont vécu emmi le monde ». Il fait l’éloge de « l’admirable sainte Madeleine, reine et maîtresse de toutes les parfumeuses », ainsi que de sainte Marthe, la « cuisinière de notre cher Maître », dont il est dit « qu’elle préparait le pain du Seigneur, qu’elle le traitait en sa maison et avait un soin très grand que rien ne lui manquât ».
L’auteur de l’Introduction répartit volontiers les modèles chrétiens selon leurs professions : « Saint Joseph, Lydie et saint Crépin furent parfaitement dévots en leurs boutiques ; sainte Anne, sainte Marthe, sainte Monique, Aquila, Priscille, en leurs ménages ; Corneille, saint Sébastien, saint Maurice, parmi les armes ; Constantin, Hélène, saint Louis, le bienheureux Amé, saint Édouard, en leurs trônes ». Pour ce qui est du « grand saint Maurice », il fera remarquer que ce soldat héroïque souffrit le martyre du cœur avant celui du corps, car il « vit tuer toute sa chère légion devant ses yeux ; et on peut dire qu’il souffrit autant de fois le martyre comme il vit martyriser et meurtrir de soldats ».
Monique, la mère de saint Augustin, est souvent citée comme modèle d’épouse, de veuve, de mère et d’éducatrice : « Avec quelle fermeté a-t-elle poursuivi son entreprise de servir Dieu en son mariage, en son veuvage » ! Quand son fils commença à suivre la mauvaise pente, elle « combattit avec tant de ferveur et de constance les mauvaises incli¬nations de saint Augustin, que l’ayant suivi par mer et par terre elle le rendit plus heureusement enfant de ses larmes, par la conversion de son âme, qu’il n’avait été enfant de son sang par la génération de son corps ».
Au moment où Philothée s’engage « par manière d’élection et choix » dans la vie dévote, l’auteur de l’Introduction lui met sous les yeux non seulement la « troupe des vierges, hommes et femmes, plus blanche que le lis », mais aussi le « rang de plusieurs personnes mariées qui vivent si doucement ensemble avec respect mutuel, qui ne peut être sans une grande charité » ; et il ajoute : « Voyez comme ces dévotes âmes marient le soin de leur maison extérieure avec le soin de l’intérieur ».
Il faut suivre les lois du monde, puisqu’on y est
Un des principes de l’enseignement salésien est qu’« il faut suivre les lois du monde, puisqu’on y est », sans toutefois oublier l’ajout : « en tout ce qui n’est pas contraire à la loi de Dieu ».
Le chrétien doit être courtois. La dévotion quand elle est vraie, est aussi vraie humanité, sagesse, tact, modération, constance. Aussi déclare-t-il avec détermination : « Je ne veux pas une dévotion fantasque, brouillonne, mélancolique, fâcheuse, chagrine ; mais une piété douce, suave, agréable, paisible et, en un mot, une piété toute franche et qui se fasse aimer de Dieu premièrement, et puis des hommes ». Le respect des règles sociales et des convenances peut subir parfois des exceptions, comme dans le cas du roi David qui « dansa et sauta un peu plus que l’ordinaire bienséance ne requérait devant l’arche de l’alliance », mais c’était en raison de « l’extraordinaire et démesurée allégresse qu’il sentait en son cœur ».
En outre, la civilité ne veut pas dire duplicité. Il faut toujours être vrai et faire en sorte que l’extérieur corresponde au sentiment intime, sans toutefois se montrer désagréable en société sous prétexte de « vérité » et de « franchise ».
Le monde, rappelle François de Sales quand il emploie ce mot selon la signification ambivalente qu’il a dans l’Écriture, est régi par la loi de la triple concupiscence, c’est-à-dire par l’appétit des plaisirs, des biens et des honneurs. Or, ces trois réalités mondaines n’ont pas fondamentalement de valeur négative.
Le plaisir est attaché à certains de nos actes et de nos expériences, que ce soit au niveau de nos sens ou au niveau de nos facultés supérieures. Si l’appétit n’est pas déplacé, s’il se maintient dans une juste modération, et surtout si le désir légitime ne se transforme pas en dépendance et en esclavage, quel mal y a-t-il à cela ? Même les sœurs de la Visitation devront accueillir « avec paix et douceur d’esprit » non seulement toute sorte de « peine et mortification », mais aussi les choses qui leur seront « du tout agréables et du tout conformes à leur volonté et nécessité, comme de boire, manger, se reposer et recréer ».
En ce qui concerne les biens de ce monde, les chrétiens doivent en avoir grand soin, plus encore que les « mondains », car « les possessions que nous avons ne sont pas nôtres » : « Dieu les nous a données à cultiver et veut que nous les rendions fructueuses et utiles ». Il n’est même pas défendu de les agrandir. Le chrétien peut avoir des richesses mais ne doit pas se laisser « empoisonner » par elles, c’est-à-dire ne pas y attacher son cœur.
Quant à la recherche des honneurs et de la renommée, elle n’est pas en soi en contradiction avec l’humilité chrétienne bien comprise. Chacun doit s’efforcer de conserver la bonne renommée, qui est « l’un des fondements de la société humaine ; sans elle nous sommes non seulement inutiles mais dommageables au public, à cause du scandale qu’il en reçoit ». Par conséquent, «la charité requiert et l’humilité agrée que nous la désirions et conservions précieusement ». Elle servira à ne point « offenser l’œil des bons » ni à « contenter celui des malins ».
Témoins de la joie chrétienne
Le reproche le plus fréquent que l’on fait à la dévotion, est bien connu : « Le monde, ma chère Philothée, diffame tant qu’il peut la sainte dévotion, dépeignant les personnes dévotes avec un visage fâcheux, triste et chagrin, et publiant que la dévotion donne des humeurs mélancoliques et insupportables ». En proposant au jeune homme l’exemple de saint Louis, il lui montrait que ce saint était «de bonne humeur » et que ce roi savait « rire aimablement aux occasions ».
Nombreuses sont les invitations à la joie qui parsèment les lettres et les écrits de François de Sales. On n’en finirait pas d’y glaner des expressions comme celles-ci : « Vivez joyeuse tant que vous pourrez » ; « ne vous relâchez nullement aux tristesses » ; « vivez en paix et joyeuse, ou au moins contente » ; « vivons ainsi en ce petit pèlerinage, joyeusement selon le gré de nos hôtes, en tout ce qui n’est pas péché » ; « conservez la sainte gaieté cordiale, qui nourrit les forces de l’esprit et édifie le prochain » ; « soyez constante, courageuse, et vous réjouissez de quoi [sa Bonté] vous donne la volonté d’être toute sienne » ; « vivez toute généreusement et noblement joyeuse en Celui qui est notre unique joie ».
Pourquoi toujours chercher toujours ce qui ne va pas ? C’est un fait que lorsque l’esprit de contradiction devient systématique, rien ne va plus. La réalité nous afflige ? « Il faut donner passage aux afflictions dedans notre cœur, mais il ne faut pas leur permettre d’y séjourner ». Le monde va mal ? Faut-il imiter les Israélites « qui ne purent chanter à Babylone parce qu’ils pensaient à leur pays » ? Moi, dit François de Sales, « je voudrais que nous chantassions partout ».
Le chrétien ne s’attriste même pas des imperfections qu’il constate en lui-même : « Nous voudrions bien être sans imperfections ; mais, ma très chère Fille, il faut avoir patience d’être de la nature humaine et non de l’angélique ». François de Sales n’ignore rien de notre condition mortelle, mais il ne veut pas jeter l’épouvante dans les esprits. Son comportement dans la vie courante allait dans le même sens. Au dire de Michel Favre, son secrétaire et confident de tous les instants, il « était d’un naturel jovial et gracieux, ennemi de la tristesse et mélancolie, il avait néanmoins un maintien humblement grave et majestueux, le visage doux et serein, accompagné d’une contenance modérée et grandement modeste, nullement dissolu ni désordonné en son port, ni ne se répandant trop en ses allégresses. Il ne faisait jamais la triste mine, ni le renfrogné, pour importuné qu’il fût, mais recevait chacun avec un visage égal et fort content ». Sa conviction était que « Dieu est le Dieu de joie ».

