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Le Conseiller général pour la Formation, don Silvio Roggia, partage avec profondeur et simplicité le parcours qui l’a conduit à la vie salésienne, tissant ensemble racines familiales, rencontres significatives et appels inattendus. Des collines du Piémont à Valdocco, de son expérience missionnaire en Afrique au service international au sein de la Congrégation, don Silvio raconte une histoire vocationnelle marquée par la gratitude, la confiance en la Providence et un amour croissant pour Don Bosco. Ses paroles offrent un regard authentique sur la formation salésienne aujourd’hui et sur la beauté d’une vie donnée aux jeunes.
Pourrais-tu te présenter ?
Je suis Silvio Roggia, né dans un petit village des Langhe – Novello – dans le sud-ouest du Piémont. Une terre de collines et de vignobles, avec Barolo comme village voisin : c’est là que la marquise Juliette Colbert et son mari Tancredi avaient leur château. Un lien géographique qui m’unit à cette figure, si importante dans l’histoire et la mission de notre père Don Bosco.
Il m’a connu bien avant que je ne sache quoi que ce soit de lui, car j’ai eu la grâce de naître dans une famille où de nombreux salésiens m’ont précédé. Je suis le dernier de neuf confrères. Quatre oncles : Emilio, coadjuteur ; Fiorenzo, Davide et Felice, prêtres ; Felice, missionnaire pendant de nombreuses années en Équateur, où il est décédé en 2000. Deux cousins germains de mon père, dont Guglielmo, missionnaire au Myanmar puis aux Philippines, où il repose aujourd’hui. Et enfin deux de mes cousins germains, fils d’un frère et d’une sœur de mon père. 9 SDB à la maison.
Malgré cette nombreuse parenté salésienne, le choix d’aller étudier chez les salésiens pour l’école secondaire fut au début plutôt fortuit. Les cinq années passées à Valdocco – deux de collège et trois de lycée à Valsalice, tout en vivant toujours en communauté à Valdocco – ont naturellement ouvert la voie vers le noviciat.
Le chemin s’est ensuite poursuivi de manière belle et sereine dans la formation salésienne partagée avec mes compagnons de l’Inspection Subalpine, devenue en 1993 Circonscription Spéciale Piémont.
Comment as-tu perçu l’appel de Dieu et comment s’est-il manifesté dans ta vie ? Pourquoi salésien ?
La vocation salésienne, comme je l’ai raconté, est née en famille et s’est développée naturellement avec le temps, surtout pendant mon séjour à Valdocco. L’appel missionnaire salésien a eu une genèse surprenante.
C’était le lendemain de mon retour de Rome, où nous avions participé au cours d’été de 1989 en préparation à la profession perpétuelle, après la deuxième année de théologie à La Crocetta. Don Luigi Basset, mon inspecteur, m’a appelé, me proposant de commencer un service d’animation missionnaire inspectoriale destiné aux jeunes. Ce sera mon apostolat les week-ends, pendant que je continuais mes études.
Ce don – cet appel – m’a mis en contact direct et constant avec les réalités missionnaires du « Projet Afrique », qui vivait à cette époque une période de grand élan. Je n’avais cependant pas prévu de partir.
Un de mes compagnons de noviciat, Luca Maschio, était déjà parti pendant le stage pour le Kenya. Nous étions restés en contact – autant que possible à l’époque, avec quelques lettres – et nous nous étions retrouvés à l’été de nos ordinations sacerdotales, en 1991 : un temps beau et riche, vécu avec les autres compagnons devenus prêtres au cours de ces mois.
En 1994, il m’a rendu un grand service : il a accueilli deux jeunes du groupe d’été des « partants » – une des initiatives nées dans le cadre de l’animation missionnaire au Piémont – qui étaient destinés au Nigeria. Grâce à lui, nous les avons orientés vers le Kenya, car dans les dernières semaines avant le départ, des problèmes internes au Nigeria étaient apparus, rendant le voyage impossible.
Malheureusement, en septembre de cette année-là, Luca est décédé dans un accident de la route près d’Embu, au Kenya. Ce fut un coup dur pour moi, mais aussi un appel tout aussi fort : aller prendre sa place.
J’ai donné ma disponibilité. Ayant achevé mes études pour la licence en théologie à La Crocetta et le diplôme en pédagogie à La Cattolica de Milan, Don Luigi Testa m’envoya au Nigeria – confié à la Circonscription ICP – où j’ai atterri le 10 octobre 1997.
Y a-t-il un épisode particulier ou une personne qui a eu une influence significative sur ta décision de devenir salésien ?
Plus qu’un épisode unique, je dirais que c’est un entrelacement de présences et de gestes discrets qui a orienté mon chemin. Mon oncle Fiorenzo, salésien, ne m’a jamais poussé directement, mais par sa vie et sa manière d’être, il a laissé une empreinte profonde dans mon âme. Un semis caché qui portera ses fruits des années plus tard.
Puis il y a eu mon cousin, Don Beppe Roggia, qui m’a accompagné pendant cinq ans dans un groupe vocationnel à Valdocco et comme socius pendant l’année de noviciat à Pinerolo. Sa confiance et son style d’accompagnement aimable et décidé, discret et responsabilisant, ont eu un poids décisif.
Et enfin, pour les dix-huit années que j’ai vécues en Afrique, je ne peux pas ne pas me souvenir d’un autre salésien – Italo Spagnolo – qui m’a accueilli à Ondo, où il était à la fois directeur, économe et proviseur, et qui, avec son optimisme incurable et sa capacité à toujours voir le bien, a tracé la route pour toutes mes années à venir.
Avec eux, tant d’autres visages et rencontres ont contribué à faire mûrir ma réponse. Mais ces trois-là, à des moments différents, ont joué un rôle fondamental.
Quels ont été les moments les plus significatifs de ton parcours de formation ?
Chaque saison de ma vie a eu son munus – don/engagement – formateur dont je suis immensément reconnaissant. Il n’y a pas de ligne qui interrompt le flux entre « formation » et « vie » : tout a été formation et continue de l’être.
Les années de lycée à Valdocco ont été fondamentales dans mon amour pour Don Bosco et pour orienter mon avenir. Parmi les phases de la formation initiale, toutes précieuses, les quatre années à La Crocetta ont été essentielles pour établir la vision de la vie qui m’a toujours accompagné et qui a continué à se développer à partir de là, comme les racines d’un grand arbre.
L’Afrique, pendant dix-huit ans, a été une école continue : comme une seconde nouvelle vie qui circule encore dans mes veines et colore tout ce que je suis et ce que je fais. À l’intérieur, il y a eu une période d’épreuve imprévue – marquée par la maladie avec des chirurgies et des chimiothérapies – qui a laissé une marque profonde, suivie d’une guérison parfaite. Ce fut, à sa manière, l’une des saisons les plus importantes de mon existence.
Les six années passées en tant que membre de l’équipe du dicastère ont été une expérience d’envergure mondiale, marquée par l’ampleur de l’Église universelle et par la présence salésienne, surtout en Afrique et en Asie.
Enfin, au cours des trois dernières années dans la communauté Zeffirino à Rome, avec des confrères venant de 27 pays et de 28 provinces, j’ai fait partie de l’une des expériences d’interculturalité active et vivante les plus intenses de la Congrégation.
Je dois tout à tous ces amis, frères et sœurs que la Providence m’a fait rencontrer au cours de ces 62 années de vie.
Quel aspect du charisme salésien crois-tu avoir le plus incarné ?
Je crois que le fait d’avoir passé tant d’années avec des jeunes en formation, en particulier treize ans comme maître des novices, m’a donné l’occasion de comprendre combien le mot d’ordre « efforce-toi de te faire aimer » est avant tout ce que notre père continue de faire : il continue de se faire aimer. L’amour sincère et profond pour Don Bosco que tant de jeunes, issus de milieux culturels si différents, continuent d’avoir est contagieux et on ne peut s’empêcher de grandir en sympathie et en affection pour Don Bosco et pour son héritage pédagogique et spirituel. C’est le don que j’ai reçu et que je cherche à transmettre.
Comment décrirais-tu le « système préventif » de Don Bosco avec tes mots ?
Je préfère reprendre les mots que le Recteur Majeur, Don Fabio Attard, a placés en conclusion de son programme sexennal 2025-2031, tirés d’une lettre de Don Edmundo Vecchi de 2000. Il me semble que c’est une photographie très juste du Système Préventif. C’est ainsi que je le crois et c’est ainsi que je voudrais le vivre avec mes confrères : « Quand nous pensons à l’origine de notre Congrégation et Famille, d’où est partie l’expansion salésienne, nous trouvons surtout une communauté, non seulement visible, mais vraiment singulière, atypique, presque comme une lampe dans la nuit : Valdocco, maison d’une communauté originale et espace pastoral connu, étendu, ouvert… Dans cette communauté s’élaborait une nouvelle culture, non au sens académique, mais dans la direction de nouvelles relations internes entre jeunes et éducateurs, entre laïcs et prêtres, entre apprentis et étudiants, une relation qui rejaillissait sur le contexte du quartier et de la ville… Tout cela avait pour racine et motivation la foi et la charité pastorale, qui cherchait à créer à l’intérieur un esprit de famille, et orientait vers une affection ressentie pour le Seigneur et la Vierge » (Don Juan VECCHI, Voici le temps favorable, ACG 373, 2000).
Quelles sont les pratiques de prière ou dévotions que tu trouves les plus significatives pour toi ?
La méditation quotidienne de la Parole, telle que la liturgie nous l’offre dans les lectures de la Messe. C’est l’énergie renouvelable qui continue d’alimenter la vie, toujours nouvelle, toujours à la portée, toujours efficace.
Comment cultives-tu ta formation – livres, cours, retraites – pour rester « continuellement à jour » avec notre temps et avec Dieu ?
« Salva, salvando, salvati » (Sauve, en sauvant, sois sauvé), une devise commune dans le premier Oratoire, déjà à l’époque de Dominique Savio. Je crois que cela fait partie du dynamisme salésien : ce que nous préparons et offrons aux autres devient aussi pour nous-mêmes une source d’énergie et de renouvellement.
Y a-t-il une prière, une « bonne nuit salésienne » ou une habitude que tu ne manques jamais de faire ? Pourquoi ?
J’essaie de commencer le matin par un moment de silence et de prière personnelle avant le début de la prière communautaire. Il est facile de préserver ce temps, avant que le rythme des engagements quotidiens remplisse mon agenda.
Quelle est la chose la plus importante que tu as apprise de ton expérience de vie en tant que salésien ?
La confiance. Faire confiance à la Providence. Faire confiance aux personnes avec qui l’on vit. Mieux vaut risquer d’exagérer et d’être trahi sur le plan de la confiance envers ceux qui vivent sous notre même toit plutôt que s’enfermer, par peur et suspicion, dans des sécurités qui créent des barrières et nous isolent.
Quels sont les principaux défis auxquels la formation salésienne doit faire face aujourd’hui ?
Continent Afrique : 92% des salésiens ont moins de 50 ans. Europe : 27% ont moins de 50 ans. Nous devenons de plus en plus diversifiés et la formation doit rencontrer les salésiens dans leurs réalités distinctes et parler un langage proche de leur expérience de vie.
Quel conseil donnerais-tu à un jeune qui se sent appelé à la vie religieuse ?
Qu’il vaut la peine de faire confiance à l’avenir plus encore qu’à notre passé : si cet appel vient du Seigneur et que nous nous resynchronisons progressivement sur ce qu’Il suggère à notre cœur, demain sera potentiellement beaucoup plus riche que ce que nous avons expérimenté jusqu’ici, même si ce sera un avenir toujours fait de roses et d’épines.

